Jadi-Booti Solo : l’IA pour explorer les plantes
Jadi-Booti Solo utilise l’IA pour identifier les plantes et encourager les sorties. Découvrez son fonctionnement, ses limites et comment contribuer au projet.

Jadi-Booti Solo : l'IA pour explorer les plantes
Une application d'IA qui vous invite à regarder au-delà de l'écran
On passe beaucoup de temps à regarder des écrans. À force, une plante au bord d'un trottoir, une feuille aux formes inhabituelles ou une petite fleur dans un parc finissent par devenir presque invisibles. La technologie sait capter notre attention - et, si on la détourne un peu, elle peut aussi nous la rendre pour autre chose : le monde qui nous entoure.
C'est l'idée derrière Jadi-Booti Solo, une application de découverte de la nature pensée pour donner envie de sortir, d'observer les plantes et de garder une trace de ses promenades. On peut photographier un végétal pour tenter de l'identifier, consulter des informations, tenir un journal d'observation et enregistrer des souvenirs liés à une sortie. Le projet prévoit aussi des notes vocales, des récits audio et des missions à accomplir sur le terrain.
L'idée mérite qu'on s'y attarde, pas seulement pour sa partie « technologique ». Une identification par IA est-elle assez fiable pour aider réellement ? Comment éviter que l'application ne devienne un prétexte de plus pour rester sur le téléphone ? Et que peut apporter l'open source, concrètement, à un outil de découverte botanique ? Voici comment le projet se présente, quels choix techniques il fait, et quelles limites il reconnaît.
Le principe : utiliser l'écran pour mieux s'en détacher
Jadi-Booti Solo part d'un constat simple : pendant une promenade, le téléphone peut distraire. Mais il peut aussi aider à regarder. Tout dépend de ce qu'on lui demande de faire. Faire défiler un contenu sans fin maintient l'attention sur l'appareil. À l'inverse, photographier une plante, chercher à comprendre ce qu'on voit, puis ranger le téléphone : l'interaction devient moins une consommation qu'un détour vers le terrain.
Le projet s'inscrit dans le thème « Touch Grass » du défi Open-Source AI de Hacktoberfest. L'idée est claire : le temps passé sur l'écran doit rester court. L'application sert à lancer l'exploration, pas à remplacer la promenade par une suite de consultations.
Une boucle d'usage tournée vers le terrain
Le parcours imaginé est volontairement direct :
- Sortir dans un parc, un jardin, un quartier ou sur un chemin.
- Repérer une plante qu'on ne connaît pas ou qu'on veut mieux observer.
- La photographier (ou importer une image) pour obtenir une identification indicative.
- Lire ou écouter quelques informations, puis comparer avec ce qu'on observe réellement.
- Noter une observation ou garder un souvenir de la sortie.
- Reprendre la promenade sans rester bloqué dans l'application.
Le point, c'est que l'app n'aspire pas l'attention : elle sert de déclencheur. Une application qui demande de consulter l'écran en continu risque d'aller contre son propre but. Ici, l'objectif est plutôt de proposer un prétexte utile à l'observation, puis de laisser la place à l'expérience.
À qui le projet peut-il servir ?
L'idée s'adresse à plusieurs profils : quelqu'un qui veut donner plus de relief à ses promenades du quotidien, un étudiant curieux d'explorer les abords de son campus, une famille en balade, ou un débutant qui veut apprendre à distinguer quelques plantes locales.
Évidemment, l'application ne remplace pas un guide botanique, un spécialiste ou une sortie encadrée. Elle peut surtout fonctionner comme un carnet de terrain assisté : donner une première piste, donner envie de vérifier, et garder une trace de ce qui a été observé.
Le positionnement se juge mieux à l'usage réel qu'à la liste des fonctionnalités. Le succès ne se mesure pas seulement au nombre d'identifications. Il dépend aussi de la qualité des observations que l'outil encourage et de sa capacité à ne pas monopoliser l'attention.
Les fonctions principales de Jadi-Booti Solo
Le projet réunit trois choses : l'identification assistée par IA, des missions de découverte dehors, et un journal de nature. L'idée est la même à chaque fois : transformer une curiosité sur le moment en observation qu'on peut reprendre plus tard.
Identifier une plante à partir d'une image
L'utilisateur peut prendre une photo ou importer une image (feuille, écorce, fleur). Le projet prévoit d'analyser l'image avec le modèle de vision Llama 3.2 11B Vision, via l'infrastructure d'inférence Groq.
L'identification ne se limite pas au nom courant. La réponse peut inclure le nom botanique, un niveau de confiance, des caractéristiques visuelles, ainsi que des informations sur des usages traditionnels ou écologiques. Le projet prévoit aussi d'afficher clairement l'incertitude : l'IA donne une hypothèse, pas une certification.
Cette distinction compte vraiment. Une photo peut être floue, prise sous un mauvais angle, ou ne montrer qu'une partie de la plante. Des espèces peuvent se ressembler de près, et l'identification peut dépendre de détails que l'image ne révèle pas. L'utilisateur doit donc lire le résultat comme un point de départ à vérifier - surtout quand l'identification pourrait conduire à une décision concrète.
Même prudence pour les « usages » annoncés. Ces informations ne doivent pas être traitées comme un conseil médical, ni comme une autorisation de cueillir ou de consommer une plante. Une identification incertaine peut avoir des conséquences réelles. L'application devrait donc maintenir cette limite visible, plutôt que laisser une réponse bien présentée faire croire à une certitude.
Des quêtes pour donner une raison d'explorer
Jadi-Booti Solo propose des missions physiques, appelées « quêtes nature », pour orienter l'attention vers ce qu'on a autour de soi. L'exemple de la présentation du projet est le « Tri-Leaf Hunter », une mission qui invite à trouver un type de feuille. L'objectif est de transformer une promenade « comme d'habitude » en exploration légère.
Ce genre de mécanique peut aider quand on ne sait pas par où commencer. Une consigne simple - observer une forme, comparer des feuilles, repérer une plante - donne un sujet à la balade sans exiger de connaissances préalables. Reste que les missions doivent pouvoir s'adapter : une quête impossible dans un environnement urbain, ou hors saison, risque surtout de frustrer.
Le contenu local devient donc un point pratique, pas un détail éditorial. Une mission pertinente dans un parc peut être moins utile dans une rue résidentielle, ou dans une autre région. Des contributions sur les plantes locales, les saisons et les contextes de promenade rendraient cette partie plus convaincante.
Un journal pour conserver ses découvertes
Le journal de nature permet de sauvegarder des observations et des souvenirs de sortie. Le projet mentionne des notes vocales et des souvenirs liés à un lieu, en option. Il prévoit aussi des fonctions de narration audio, avec des lectures en hindi ou en anglais selon la description du dépôt.
Un journal change la façon d'utiliser l'application : on ne fait pas que recevoir une réponse sur le moment. On peut retrouver une observation et comparer ses promenades dans le temps. Par exemple, on peut noter la date, l'endroit, l'aspect de la plante, ou les conditions de la découverte. Cette mémoire reste utile même quand l'identification n'est pas totalement certaine.
La localisation, elle, impose une décision explicite. Associer un souvenir à un lieu peut enrichir le carnet, mais il faut comprendre ce qui est enregistré et pouvoir choisir de partager ou non. En France et dans l'Union européenne, la localisation peut être une donnée personnelle lorsqu'elle peut être reliée à une personne. L'option « simple » ne dispense donc pas d'expliquer ce qui est fait avec la donnée et de respecter le RGPD.
Architecture technique et points de vigilance
Le projet se présente comme une application web : une interface en HTML, CSS et JavaScript, un serveur Node.js et Express, et une collection de données sur les plantes. Il mentionne aussi des fonctions d'IA, un journal d'observation et des éléments de progressive web app, pour obtenir une expérience proche d'une application « installée » sur les appareils compatibles.
L'architecture reste cohérente pour un projet expérimental : elle sépare l'interface, les routes serveur et les données. Mais empiler des technologies ne garantit pas que l'ensemble fonctionne bien. La question clé, c'est la liaison entre ces composants - surtout quand on passe d'un environnement de développement à un déploiement en ligne.
Le passage du poste local au déploiement
Le retour d'expérience associé au projet pointe cette difficulté : une fonctionnalité peut marcher sur l'ordinateur de développement et échouer une fois le site déployé, si le serveur, le frontend ou les paramètres d'accès ne sont pas correctement configurés. C'est un problème assez courant : une interface peut donner l'impression d'être « prête » alors que les appels à l'API, les variables de configuration ou le service externe ne répondent pas comme prévu en production.
Comme le projet dépend d'un service d'inférence, il faut aussi gérer la disponibilité du fournisseur, les délais de réponse, les erreurs réseau et le traitement des images. L'expérience ne se résume pas à « le modèle a répondu ». Il faut prévoir ce qu'il se passe quand l'image est trop lourde, quand la réponse tarde, ou quand le service est indisponible.
Le projet indique que la fiabilité de l'expérience déployée, notamment pour les fonctions d'IA, reste un chantier. Cette réserve est utile pour les personnes qui testent le dépôt : elle distingue une démo en cours de stabilisation d'un produit dont toutes les fonctions seraient garanties. Elle rappelle aussi qu'un prototype peut être intéressant sans prétendre être déjà « fini ».
L'IA doit rester une aide, pas une autorité
Un modèle de vision peut repérer des motifs et proposer une espèce probable. Mais il ne distingue pas toujours des plantes très proches à partir d'une photo unique, et la qualité dépend de l'image, du modèle et des données sur lesquelles il a été entraîné. Le score de confiance peut aider à rendre l'incertitude visible - sans pour autant en faire une preuve.
Dans une application de découverte, le bon usage consiste à rapprocher la réponse de l'observation : regarder les feuilles, la tige, les fleurs quand elles sont présentes, puis confronter avec une source botanique fiable. L'interface devrait éviter les formulations catégoriques quand il n'y a pas assez d'éléments.
La prudence doit être encore plus forte dès qu'on parle de comestibilité, de toxicité ou d'usage médicinal. L'application ne devrait pas encourager l'ingestion ou la manipulation sur la base d'une identification générée par IA. Une mention de sécurité visible, une réponse capable de reconnaître ses limites et des renvois vers des sources fiables valent mieux qu'une assurance « automatique ».
Une expérience qui doit fonctionner dehors
Le contexte d'usage impose des contraintes très concrètes. On peut utiliser l'application avec une forte luminosité, une connexion mobile instable, ou avec les mains occupées. Une interface adaptée devrait rendre les actions principales faciles à atteindre, limiter les saisies longues, et éviter de bloquer chaque étape du journal sur une connexion parfaite.
Les fonctions audio et les notes vocales peuvent aider à l'accessibilité et faciliter la prise de notes en promenade. Mais elles doivent être évaluées dans les conditions réelles : bruit ambiant, accents, langues prises en charge, et capacité à corriger une transcription erronée. Une fonction qui paraît pratique en démo peut vite devenir pénible si la correction prend plus de temps que la prise de note initiale.
Open source, fiabilité et pistes d'amélioration
Le dépôt public permet à d'autres développeurs de regarder le code, de tester le projet et de proposer des améliorations. L'open source n'est pas seulement un moyen de gagner en visibilité. Il sert aussi à répartir le travail et à faire entrer dans le produit des compétences qui manquent souvent dans une petite équipe : botanique régionale, accessibilité, qualité logicielle, connaissance des usages de terrain.
Le projet est présenté avec un modèle à poids ouverts et des outils accessibles aux développeurs. Cette approche rend l'expérimentation plus simple et permet d'examiner différentes façons de faire fonctionner les fonctions d'IA. Mais ça ne veut pas dire que toute la chaîne est automatiquement indépendante, gratuite ou illimitée : l'inférence hébergée dépend d'un service externe, de ses conditions et de sa disponibilité.
Où les contributions peuvent avoir le plus d'impact
Pour Jadi-Booti Solo, les contributions les plus utiles ne sont pas forcément de nouvelles fonctions « visibles ». Elles peuvent surtout renforcer les fondations :
- Enrichir les informations sur des plantes présentes dans différentes régions.
- Documenter les sources et les limites des informations botaniques.
- Tester les parcours sur des téléphones et avec des connexions variés.
- Améliorer l'accessibilité de l'interface et des contenus audio.
- Rendre les erreurs de l'API compréhensibles et plus faciles à rattraper.
- Proposer des quêtes réalisables en ville comme à la campagne.
- Clarifier la gestion des images, des notes et des données de localisation.
Ces chantiers se tiennent. Ajouter des plantes sans documenter la qualité des données risque d'augmenter le volume sans améliorer la fiabilité. Ajouter une fonction de localisation sans choix clairs sur la confidentialité peut faire chuter la confiance. Une contribution vaut surtout par le problème concret qu'elle résout.
Tester le projet avec des attentes réalistes
Le dépôt GitHub est accessible à l'adresse AKSA119/jadi-booti-solo. Le code source mentionne une démonstration en ligne, mais sans fournir son adresse ; mieux vaut donc consulter le dépôt pour trouver les instructions à jour plutôt que de supposer qu'une URL de démo existe toujours.
Avant de tester une identification, il est utile de vérifier si la fonction marche dans la version déployée et de garder en tête que les réponses restent indicatives. Pour contribuer, on gagnera souvent du temps en commençant par lire les instructions du dépôt, reproduire un problème, puis décrire précisément les conditions : appareil, navigateur, étape suivie et résultat attendu.
Cette démarche évite de confondre une piste intéressante avec une fonctionnalité déjà stabilisée. Elle aide aussi les mainteneurs avec des retours exploitables. Dans un projet ouvert, un rapport clair sur un échec d'intégration peut valoir plus qu'une idée générale du type « ajoutons encore plus d'IA ».
Conclusion : la technologie comme point de départ
Jadi-Booti Solo propose une façon intéressante de détourner l'habitude du téléphone : au lieu de chercher à retenir l'utilisateur, l'application veut lui donner une raison de sortir et d'observer. L'identification par image, les missions et le journal forment un ensemble cohérent, à condition de garder l'expérience centrée sur le terrain.
Le projet reste en cours de stabilisation, en particulier pour ses fonctions d'IA déployées. C'est une limite à garder en tête, mais aussi une invitation à tester sans se contenter des promesses : ce qui marche, ce qui est encore expérimental, et ce qui demande à être vérifié avant d'être utilisé. L'IA peut éveiller la curiosité ; elle ne remplace ni l'observation sur place ni des sources botaniques fiables.
Vous pouvez découvrir le code sur GitHub, proposer une amélioration ou simplement essayer l'idée lors de votre prochaine promenade. Le test le plus simple ne demande même pas de lourdes manipulations : rangez votre téléphone quelques minutes, regardez autour de vous et observez une plante que vous auriez normalement laissée passer.